Avec Frédéric Kahn

6 Novembre 2021, 11:45

Un beau jour, ou peut-être une nuit, en fait plutôt sur le coup de 20 heures après une séance de mes vidéos au Centre Pompidou à laquelle il avait assisté, Frédéric m'appela pour voir si on pouvait coller ensemble nos musiques et nos images. Ah mais moi j'étais d'accord ! J'étais allé écouter les quelques enregistrements de ses musiques déposés sur Youtube et je trouvais ça très bien, très adapté à une collaboration, une musique avec des respirations qui peuvent laisser la place aux images. 

Donc c'était très bien, et c'était le confinement. Nos relations resteront  virtuelles, comme on dit, mais très réelles si elles ne furent pas actuelles. Lui à Grenoble, moi à Château-Thierry, nous échangeâmes par wetransfer . Je lui proposai d'abord quelques images tournées dans les rues vides de mon quartier mais sans grande certitude. C'est difficile de faire le vide en images, il ne suffit pas que les rues soient vides de piétons et de voitures, il faut encore que l'espace soit vidé de toute son actualité, il me semble. Bref, je n'y arrivais pas comme ça, alors que Frédéric avait composé une pièce parfaite sur son ordinateur intitulée Madrigal, j'envisageais plutôt de tout recommencer. En attendant j'avais un autre projet qui était de lui proposer de brèves séquences d'images qui me semblaient correspondre chacune à la possibilité d'un très court film. Nous en fîmes ainsi huit qui sont comme des sentiments d'un moment encore jamais vécu, comme des tentatives de créations, très minimales, correspondant chacune à un sentiment orphelin, abandonné, un peu perdu, que peut-être personne n'avait éprouvé. J'étais très content de ce que Frédéric avait composé, qui me semblait aller dans le même sens. Voici :

 

Donc on en était là, Frédéric était en train de composer une pièce musicale très adaptée à ce que je voulais filmer, sauf que je n'y arrivais pas. Et puis les choses se mirent un peu en place : j'avais en réserve des séquences dont je me dis un beau jour, ou peut-être une nuit ( ♫♪♫) qu'elles étaient sans doute pour une part dans la continuité d'une vieille idée de filmer un espace vide. J'avais déjà partiellement utilisé certaines séquences dans la magnifique pièce de José Manuel López López intitulée La trace. Après plusieurs essais et des ajustements avec la musique, il me semblait que ces images convenaient à mon idée : exprimer le vide, s'élever à la puissance d'un lieu par delà son état du moment, par delà ce qui l'encombre de son actualité, faire le vide du présent pour l'ouvrir au passé et peut-être au futur. Alors il y avait les ruines. Hubert Robert est un peintre très inspirant, très postmoderne aurait peut-être dit Jean-François Lyotard. Mais évidemment filmer des ruines ça peut être assez ennuyeux pour le spectateur (voire un peu chiant), fut-il de caractère contemplatif. Il fallait trouver le souffle de vie qui anime ces images, et évidemment c'était le vent, pourquoi je n'y avais pas pensé plus tôt ? en fait si, j'y avais pensé il y a longtemps, mais sans doute de manière moins aboutie et moins concluante. C'est le vent qui balaie le paysage, y compris les nuages, le ciel est d'un bleu trop pur, presque inquiétant et peut-être qu'ainsi les images révèlent d'autant l'histoire terrible des lieux filmés : le camp Joffre à Rivesaltes et les bunkers du mur de la méditerranée. Le spectateur devra peut-être lui aussi balayer ses clichés sur le cinéma, les fausses évidences... Sacré programme. Mais tout se termine bien dans le film. Le voici :

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